Machete

Ancien agent fédéral mexicain, Machete se retrouve immigré illégal au Texas pour fuir son passé marqué par l’assassinat de sa famille par un baron de la drogue. Malgré lui, il se retrouve mêlé à une histoire de tentative d’assassinat politique mettant en jeu des ultra-républicains qui chassent les immigrés à coups de fusil. Entouré d’aventurières aux formes généreuses, il se lance à la chasse aux méchants pour en découdre une fois pour toute. Dans ce nouveau série Z, Robert Rodriguez, grand ami de Tarantino, revient avec un nouvel épisode digne de Sin City et Une nuit en enfer (qu’il a également mis en scène). Génial dans son genre. (note : 4/5)

Mr Popper’s Penguins

Jim Carrey est un businessman sans cœur qui garde enfoui au fond de lui l’écho d’un père absent parti faire un tour du monde et un jour jamais revenu. En héritage, il reçoit directement envoyés du Pôle Nord 6 pingouins polaires qu’il doit loger dans son duplex new-yorkais tout en essayant de recoller les morceaux avec sa famille. Le cinéma américain reste encore à mes yeux inégalé dans les comédies familiales légères et émouvantes et Jim Carrey est le parfait représentant de ce mélange de comédie burlesque et de tragédie. Le film rend d’ailleurs discrètement hommage à Charlot devant qui les pingouins peuvent passer des heures entières entre admiration et mimiques. Génial si on sait l’apprécier à sa juste portée. (note : 3/5)

Tree of Life

La palme d’or de Cannes ressemble toujours à une grille de loto : on peut gagner gros mais les chances sont minimes. Tree of Life de Terrence Malick ne fait pas exception à cette règle et ce n’est pas sans une certaine hésitation que j’y suis allé.
Le film commence par une heure de lyrisme adolescisant où on assiste à un défilé d’images (très belles au demeurant) des 4 éléments (volcans, planètes, eau, cellules) sur un fond de musique classique digne d’un excellent salon de coiffure. Malick a même réussit à glisser une scène de dinosaures dans ce qui ressemblait à un reportage sur la beauté de l’univers. L’effet est déroutant et ce n’est que la curiosité de ce qui pouvait suivre qui m’a empêché de quitter la salle.
Après cette première heure, on retrouve la trame, peu de mots, des émotions qui passent par des gestes simples, bref, superbe… mais tout cela ne dure que trop peu et on retrouve vite le délire cosmique du début et cette même musique classique de salon de coiffure… A vouloir trop en faire, Malick en a fait trop et la lumière s’est allumée sur un éclat de rire général de la salle qui se demandait comme on avait pu en arriver là. A éviter. (note : 2/5)

Miami City Ballet

Les invités du moment des Etés de la danse à Paris affichent une programmation alléchante : un trio de petits tableaux enchainant du Balanchine sur du Tchaikovsky, du Bach et du Sinatra. De quoi remplir le Théâtre du Chatelet. Le premier tableau s’ouvre sur un décor d’un kitsh très américain… les danseurs se déplacent en mouvement ordonnés, les tutus balancent, c’est mou, sans intérêt, on s’ennuie mais heureusement que c’est fini. Le second tableau est plus moderne, des danseurs habillés en guêpes et des mouvements plus agressifs. C’est mieux mais les danseurs oublient souvent de se coordonner et nous sommes loin de l’extase. Le dernier tableau finit par enlever tout espoir : sur neufs enchainements de Sinatra, des couples entrent en scène, effectuent une danse de cabaret au rythme complètement déconnecté de la musique… jusqu’à un tableau final où on retrouve tous les couples sur la même scène pour nous répéter leurs mêmes pas, encore sans rapport avec le fond sonore.

Et c’est là où je me suis rappelé tous ces Preljocaj où les danseurs ont des ailes, les corps sont légers quand ils s’envolent et lourds quand ils tombent, les gestes d’une précision et une synchronisation impressionnantes… Le Miami City Ballet en est très très très loin (à moins qu’ils n’aient envoyé en France les remplaçants?). A fuir. (Note : 1/5)

J’ai rencontré le diable

Le synopsis du dernier film de Kim Jee-woon est laconique (« un agent secret recherche le tueur en série qui a tué sa fiancée… ») et aurait pu passer inaperçu si le cinéma coréen ne nous avait pas habitué à une vision particulière de la violence. On sent que quelque chose se trame quand l’agent secret retrouve le tueur au bout d’une petite demi-heure de film… et le laisse filer dans une course poursuite démoniaque où l’on finit par se demander qui est le fou et qui est le sain d’esprit. Extrêmement violent, mais captivant de folie. A voir. (note : 4/5)

Black Swann

Non, je ne voulais pas aller voir le dernier film du réalisateur du magnifique Requiem For A Dream, sans doute par méfiance pour tout ce qui me semble hyper-médiatisé… Oui, j’étais persuadé qu’on y accourait principalement (uniquement?) pour y voir Natalie Portman… Et c’est avec ces idées toutes faites que j’ai failli passer à côté d’une petite merveille troublante sur le monde impitoyable des ballerines et des démons de la folie exacerbés par une quête impossible de la perfection… Natalie Portman -qu’on a le droit de ne pas aimer- est sublime et le film est à la hauteur du premier requiem du réalisateur. Génial ! (note : 5/5)

True Grit

Le dernier film des frères Coen est dans la lignée de ce qu’ils savent faire de mieux : une ambiance de far west dans l’Arkansas des siècles derniers, des brutes épaisses et des bons aux caractères mal finis. On se laisse entraîner dans la chevauchée en territoire indien d’un marchal et d’une gamine de 14 ans qui cherche à venger la mort de son père. Une fois n’est pas coutume, aucune happy end mais une superbe mise en image de cette sentence du début du film « tout doit se payer, excepté la grâce de Dieu ». (note : 4/5)

Le goulag raconté par E. Guinzbourg

Au cours d’une discussion, j’apprends qu’une certaine Evguenia Guinzbourg, la mère du célèbre Vassili Axionov que j’ai récemment découvert à travers son chef d’œuvre Une Saga Moscovite, aurait écrit un des grands classiques sur le Goulag. N’ayant jamais réussi à lire plus de dix page d’un Soljenistyne, je mets cette nouvelle en veilleuse jusqu’au jour où un esprit avisé m’offre Le Vertige et Le Ciel de la Kolyma, les deux volets autobiographiques de l’œuvre de Guinzbourg… et là, c’est la révélation. Avec la même puissance de verbe qu’une Nina Berberova, « Jenia », fervente communiste, raconte avec une précision et une simplicité déconcertantes, son expérience des purges staliniennes de la fin des années 1930 qui l’ont emmenée des cachots du NKVD à Iaroslav jusqu’aux camps de « rééducation » de la Kolyma. Ce récit, qu’elle a écrit dans les années 1960-1970 après sa réhabilitation et son retour à Moscou (et dont elle avait conservé en mémoire tous les détails pendant toute la durée de son exil) porte encore toute la charge émotionnelle de cette expérience de la souffrance qu’un esprit normal aurait du mal à imaginer. Un grand moment de littérature à découvrir d’urgence… Merci M. B. pour cette excellente découverte (note : 5/5)

Arriety

Arriety, le petit monde des chapardeurs est la dernière petite merveille sortie des Studios Ghibli sous la supervision de Miyazaki dont la réputation n’est plus à établir.  Plus ‘simple’ à aborder que les Miyazaki classiques, le premier long métrage du réalisateur Hiromasa Yonebayashi n’en reste pas moins dans la lignée des chefs-d’œuvre  de son mentor par sa capacité à nous emporter dans un fabuleux univers poétique où on retrouve des thèmes classiques comme la relation des personnages entre eux et avec la nature, la cohabitation avec l’environnement et la lutte pour la vie. Bref, les petits chapardeurs qui empruntent ce dont ils ont besoin pour vivre aux humains sont attachants et le film passe à une vitesse incroyable. A voir. (note : 5/5)

Quartier Lointain

Découvrir Jiro Taniguchi par son Homme qui marche, manga presque muet qui accompagne les promenades de quartier d’un homme ordinaire, n’est sûrement pas la meilleure entrée en matière : malgré des dessins subtils, le livre n’en reste pas moins déconcertant (mon premier manga contemplatif). Quartier Lointain est un manga plus classique où on retrouve la même subtilité dans l’image. L’intrigue d’un homme de 48 ans qui se retrouve dans sa peau d’adolescent de 14 ans est terriblement captivante et bien menée. On se laisse volontiers emporter dans ce Japon rural des années 1960 à la recherche du temps et des occasions perdus. Chacun de nous aurait pu être Hiroshi et on n’en garde que la déception de fermer le livre trop tôt. Ma meilleure découverte dans mon expérience limitée des mangas. (note : 5/5)