Tarkovski, en trois actes

A quelques jours d’intervalle, je découvre L’enfance d’Ivan (1962), Solaris (1972) et Stalker (1979). Le premier raconte l’enfance d’Ivan dont la famille est tuée par les nazis et qui prend les armes contre l’ennemi. Solaris nous emmène à la découverte d’une planète mystérieuse remplie d’océans qu’on voit depuis une station spatiale où les phénomènes mystérieux se succèdent. Stalker est le voyage initiatique de 3 hommes dans une zone interdite à la recherche d’une chambre secrète censée exaucer les désirs de ceux qui la pénètrent.

Si L’enfance d’Ivan est le reflet du réalisme et patriotisme soviétique d’après guerre, Solaris et Stalker sont une profonde réflexion sur  l’humanité, ses peurs (de l’inconnu, du progrès), son besoin de spiritualité et son éternelle quête de ce qu’il y a aurait delà du regard.

Des films intensément poétiques (et mystiques) à voir absolument!  

Nymphomaniac (Director’s Cut)

Un film de Lars Von Trier est toujours un événement en soi.. ou un désastre nombriliste, le juste milieu n’existe pas pour le provocateur du cinéma. N’ayant pas vu la version cinéma (censurée), je me suis directement orienté vers la version longue de ce film fleuve (5h30) qui raconte la vie de Joe, auto-diagnostiquée nymphomane, qui raconte son histoire à un bonhomme gentil qui la ramasse ensanglantée et inconsciente dans la rue. S’ensuit une suite incohérente de flash-backs pornos (le terme « érotique » pourrait suggérer une dimension sensuelle totalement absente du film) racontés par Joe auxquels le gentil vieillard tente de donner une signification spirituelle, artistique ou métaphysique en faisant des parallèles grotesques avec la bible, Bach, la numérologie et la littérature. Et comme le spectateur est connu pour être débile, en tout cas celui censé assister à Nymphomaniac, LVT juge utile d’illustrer certains passages par des images d’archives ou des illustrations powerpoint dessinées sur l’écran. Charlotte Gainsbourg fait pitié de platitude et les scènes sexuelles sont dignes d’un porno trash, que le réalisateur tente vainement d’intellectualiser ou de réhabiliter dans les cercles mondains, par de grotesques dialogues sur le bien et le mal. Prétentieux et tristement affligeant. (note : 0/5)

Leviathan

Le Leviathan est selon la mythologie phénicienne le monstre du chaos primitif. Le film de Andrey Zviaguintsev nous montre le destin impitoyable qui s’abat sur Kolia au milieu d’une nature austère et primitive dans une société où une religion aveugle apporte une couverture morale à la cruauté de l’homme. Nous sommes au bord de la mer de Barents, à l’extrême nord Russe, et la carcasse de baleine en toile de fond nous rappelle que le cataclysme n’est jamais bien loin. Un film noir et intense. (note : 5/5)

Ida

Ida, de Pawel Pawlikowski porte bien l’adjectif « éblouissant » accolé à l’affiche du film. Dans une Pologne des années 60 dont le gris présumé devient atemporel avec le noir et blanc choisi pour le film, une orpheline élevée au couvent part à la rencontre de sa tante encore en vie. Cette rencontre sera une première étape pour une confrontation avec les démons de l’histoire polonaise sous l’occupation nazie et un christianisme quasi mystique. Le visage d’Agata Trzebuchowka (Ida) est celui de l’ange qui regarde et expérimente, protégé par son monde parallèle et exclusif… et qui finit par nous demander « a potem » (et alors?) avant de retourner dans son monde mystique. Envoûtant. (note : 5/5)

Voyage à Tokyo

Ce grand classique japonais de Yasujirō Ozu raconte l’histoire d’un vieux couple qui, dans le Japon d’après-guerre, vont visiter leurs enfants à Tokyo. Fiers d’une réussite qu’ils voyaient de loin, ce sentiment est vite remplacé par l’amertume de se retrouver de trop dans un quotidien de classe moyenne. Preuve d’une structure familiale détruite par la guerre, le seul être qui bouleverse son quotidien pour s’occuper d’eux est la belle fille, épouse d’un fils militaire sans nouvelle depuis de longues années. Les scènes d’intérieurs enchainent plans fixes avec une vue au loin sur d’autres pièces, sur le décor environnant ou sur l’horizon et créent une intimité forcée avec les personnages. Nous partageons leurs gènes et leurs minces bonheurs. Voyage à Tokyo fait partie de ces films où presque rien ne se passe jusqu’au moment où, bouleversés, on devient l’un des personnages pourtant si éloignés dans le temps et l’espace… et c’est à ce moment-là qu’on se rend compte qu’on vient d’assister à un grand moment de cinéma. (note: 5/5)

Django Unchained

L’histoire d’un esclave noir libéré par un chasseur de primes dans le sud des Etats-Unis deux ans avant la guerre de Sécession est un vrai Tarentino avec tout ce que ça implique de violence théâtrale, musique neo-country, rebondissements et affiche impressionnante. Entre western spaghetti et violence de série Z (chère à Tarentino), Christoph Waltz (le chasseur de primes) et Jamie Foxx (Django) interprètent leur rôle avec intensité et humour. Le seul regret… à force d’attendre et d’avoir « du vrai Tarentino », on se demande où sera le renouvellement de Tarantino dans ses prochaines oeuvres. (note : 3/5)

 

La Colline aux Coquelicots

Le dernier (et on espère chaque fois que ce ne sera pas le dernier) ‘Miyazaki’ est en fait une création du fils du célèbre Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, Voyage de Chihiro, …) qui se lance dans le sillage de son père après une expérience d’architecte. Le fils s’éloigne en apparence du monde imaginaire de son père rempli d’esprits et de créatures étranges pour décrire un amour d’adolescents dans une bourgade paisible au bord du port de Yokohama. Dans un japon d’après-guerre où les élans de nationalisme visent à redonner une fierté perdue à un peuple vaincu, une jeune fille lève inlassablement deux pavillons marins chaque matin en mémoire à son père disparu. C’est ce même père qui se retrouve connecté au passé d’un lycéen passionné  qui ne manque pas de croiser le chemin et le destin de la jeune fille. Mais ce monde si simple est peut-être encore plus imaginaire que les esprits de la forêt de Miyazaki-père: le lyrisme de la fierté, de la passion et de l’espoir existe-t-il encore ailleurs que dans l’imaginaire ? (note : 4/5)

Machete

Ancien agent fédéral mexicain, Machete se retrouve immigré illégal au Texas pour fuir son passé marqué par l’assassinat de sa famille par un baron de la drogue. Malgré lui, il se retrouve mêlé à une histoire de tentative d’assassinat politique mettant en jeu des ultra-républicains qui chassent les immigrés à coups de fusil. Entouré d’aventurières aux formes généreuses, il se lance à la chasse aux méchants pour en découdre une fois pour toute. Dans ce nouveau série Z, Robert Rodriguez, grand ami de Tarantino, revient avec un nouvel épisode digne de Sin City et Une nuit en enfer (qu’il a également mis en scène). Génial dans son genre. (note : 4/5)

Mr Popper’s Penguins

Jim Carrey est un businessman sans cœur qui garde enfoui au fond de lui l’écho d’un père absent parti faire un tour du monde et un jour jamais revenu. En héritage, il reçoit directement envoyés du Pôle Nord 6 pingouins polaires qu’il doit loger dans son duplex new-yorkais tout en essayant de recoller les morceaux avec sa famille. Le cinéma américain reste encore à mes yeux inégalé dans les comédies familiales légères et émouvantes et Jim Carrey est le parfait représentant de ce mélange de comédie burlesque et de tragédie. Le film rend d’ailleurs discrètement hommage à Charlot devant qui les pingouins peuvent passer des heures entières entre admiration et mimiques. Génial si on sait l’apprécier à sa juste portée. (note : 3/5)

Tree of Life

La palme d’or de Cannes ressemble toujours à une grille de loto : on peut gagner gros mais les chances sont minimes. Tree of Life de Terrence Malick ne fait pas exception à cette règle et ce n’est pas sans une certaine hésitation que j’y suis allé.
Le film commence par une heure de lyrisme adolescisant où on assiste à un défilé d’images (très belles au demeurant) des 4 éléments (volcans, planètes, eau, cellules) sur un fond de musique classique digne d’un excellent salon de coiffure. Malick a même réussit à glisser une scène de dinosaures dans ce qui ressemblait à un reportage sur la beauté de l’univers. L’effet est déroutant et ce n’est que la curiosité de ce qui pouvait suivre qui m’a empêché de quitter la salle.
Après cette première heure, on retrouve la trame, peu de mots, des émotions qui passent par des gestes simples, bref, superbe… mais tout cela ne dure que trop peu et on retrouve vite le délire cosmique du début et cette même musique classique de salon de coiffure… A vouloir trop en faire, Malick en a fait trop et la lumière s’est allumée sur un éclat de rire général de la salle qui se demandait comme on avait pu en arriver là. A éviter. (note : 2/5)